Ce sentiment de liberté qui vous assaille dès que vous battez le pavé parisien commence à monter en vous. Vous oubliez même votre papa derrière vous qui se lance dans une tentative désespérée de vous rattraper. Vous vous sentez maître du monde et snobez les touristes qui affichent une mine abattue digne d'un parcours dans le labyrinthe de Dédale et semblent prêts à faire don de leurs vies pour apercevoir ne serait-ce que le bout du nez de la tour Eiffel. Vous vous sentez sûrs de vous.
Mais la réalité parisienne ne tarde pas à vous rattraper. A peine empruntez vous deux coins de rues que vous tombez nez à nez avec deux mendiantes qui tendent devant elles une gobelet en plastique contenant de la menue monnaie. La lutte de la survie. L'enfer des villes surpeuplées. L'autre face de la surabondance presque écoeurante des pays dits riches. Ironie de cette vie décidément mal fichue, une des mendiantes a trouvé refuge près d'une boutique de luxe. Un seul des articles de ce magasin suffirait à nourrir toute sa famille pendant un mois, voir deux. C'est comme si la vie la prenait par le menton et lui faisait ouvrir les yeux, la forçait à avoir constamment sous le nez ce qui lui fait tant défaut. "Regarde" qu'elle lui dit.
Les touristes les lorgnent du coin de l'oeil, surpris devant cet étalage, cette exhibition de misère dans la ville la plus romantique du monde. Surpris que les parisiens n'y prêtent aucune attention, que ces femmes fassent à ce point parties du décor et que l'on passe devant elles sans un regard, sans une attention quelconque. Rien. Indifférence. On s'éloigne. Parce qu'elles font tâches dans un univers qui se veut de beauté et d'esthétisme. On se dirige vers les quais de la Seine, vers laquelle on laisse errer notre regard. Notre père nous emmène vers les petites rues piétonnes du quartier, la Casbah parisienne, comme il dit. Les restaurants de tous horizons font de temps en temps place à des boutiques attrape touristes, où s'étale des montagnes de t-shirt ornés de mot magique "Paris" écrit en lettres d'or, le tout vendu à un prix plus qu' exorbitant.
Le Paris de façade.
Le Paris aimé.
Le Paris que j'aime.
Merde. J'adore cette ville


